J’ai fait du tourisme à 6 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima

Il est maintenant possible de faire des visites guidées d'une journée dans d'anciennes parties de la zone d'exclusion de Fukushima-Daiichi.

J’ai fait du tourisme à 6 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima

2048 1365 Michaël da Silva Paternoster

Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de visiter les villes de Namie et Tomioka qui sont situées à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima. Dans cet article, je vous raconte mon excursion d’une journée dans l’ancienne zone d’exclusion qui avait été érigée en 2011. Cette partie de la préfecture de Fukushima avait été évacuée à la suite de la plus grande catastrophe nucléaire depuis l’incident de Tchernobyl.

Vous trouverez au programme : une ligne de chemin de fer coupée par les radiations ; un fermier mécontent contre le premier ministre japonais ; une route où il est interdit de sortir de son véhicule ; un barrage anti-tsunami de neuf mètres et une ville qui se reconstruit doucement. Mais avant cela, faisons le point sur la façon dont a été organisé ce voyage et pourquoi j’ai accepté de le faire.

Une invitation dans les zones abandonnées depuis l’incident nucléaire de Fukushima

J’ai été gentiment invité par Japan Wonder Travel à faire une excursion d’une journée dans la région qui a été touchée par la catastrophe de Fukushima. Cette agence organise des visites guidées dans ce secteur depuis le mois de Février. Leur objectif est de montrer le quotidien des victimes de cette tragédie. Mais également de valoriser les travaux d’assainissement qui ont été réalisés autour de la centrale nucléaire.

Lorsque Takuto Okamoto de Japan Wonder Travel m’a contacté pour me proposer de visiter Fukushima, je pensais qu’il voulait me présenter des sites touristiques de la région, comme Aizu-Wakamatsu. J’étais loin d’imaginer qu’il m’invitait à me rendre à Namie et Tomioka, deux villes totalement ravagées en 2011.

Faire du tourisme dans des zones irradiées par le nuage de Fukushima ne faisait pas partie de mes projets de weekend. Mais cette invitation était l’occasion ou jamais d’en apprendre plus sur cette région reculée du Nord-Est du Japon.

Je vous partage véritablement mon avis

Michaël da Silva Paternoster à Fukushima.

Sur cette photo je suis à seulement 6 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi. Photo de Félix Goux.

Pour être transparent avec vous, je n’ai signé aucun contrat avec Japan Wonder Travel. D’ailleurs, l’écriture de cet article ne m’a pas été imposée par cette agence. Soyez donc sereins, j’ai une totale liberté d’expression sur ce sujet. Je ne suis pas payé pour vous recommander des endroits qui pourraient nuire à votre santé.

Au-delà de mon simple avis sur cette expérience touristique hors-norme, je souhaite également vous partager quelques informations concernant cette région. Je vais donc vous faire un récapitulatif des événements qui ont conduit à la situation dans laquelle se trouve cette partie désolée de la préfecture de Fukushima. Puis je vous parlerai de la visite guidée en elle-même.

Si vous êtes pressés ou que vous pensez être assez informés sur Fukushima, vous pouvez cliquer sur ce lien. Cela vous amènera directement au début de mon récit de voyage.

Les causes et conséquences de la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daiichi

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 se produit au large des côte de la région de Tohoku. Il s’agit du tremblement de terre le plus puissant jamais enregistré au Japon. En effet, le neuvième échelon de l’échelle de Richter n’est atteint que par un à cinq séismes par siècle dans le monde.

Ce séisme monumental produit un tsunami dont les vagues atteignent jusqu’à 40 mètres de haut. Ces gigantesques masses d’eau déferlent jusqu’à dix kilomètres dans les terres. Elles achèvent ainsi le travail destructeur entamé par le séisme.

Une maison abandonnée qui a été frappée par le tremblement de terre de 2011. Namie, Fukushima. Photo de Félix Goux.

Une centrale nucléaire hors de contrôle

La centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi se trouve sur la côte qui a été frappée par ces catastrophes naturelles. Les réacteurs qui étaient actifs s’arrêtent automatiquement dès les premières secousses. Cependant, une vague passe au-dessus du mur de dix mètres censé protéger le complexe nucléaire. Le raz-de-marée détruit le système alimentant les pompes qui devaient refroidir les réacteurs.

La température à l’intérieur des réacteurs de la centrale devient très vite incontrôlable. Les autorités décident alors d’y injecter de l’eau fraîche. Dans le même temps, de la vapeur est libérée plusieurs fois dans l’air afin de réduire la pression des turbines en surchauffe. De l’eau hautement radioactive est également relâchée dans l’océan.

Toutes ces mesures n’empêcheront pas le pire d’arriver. Plusieurs explosions se produisent dans les réacteurs 1 et 3. Des fuites radioactives ont lieu dès le lendemain de la catastrophe naturelle. Cela entraine des niveaux extrêmes de radiation dans l’enceinte de la centrale nucléaire. Le 15 mars 2011, on enregistre 400 millisieverts par heure à proximité du troisième réacteur. A titre de comparaison, la radiation est en moyenne de 2 millisieverts par an à l’état naturel. Malgré ce taux élevé, des travailleurs continuent d’essayer de résoudre la situation sur place.

Après plusieurs semaines sous haute tension, la situation se stabilise. Mais les contrées aux alentours de la centrale nucléaire de Fukushima n’en sortent pas indemnes.

Une zone inhabitable autour de la centrale nucléaire

Carte de la zone d'évacuation autour de la centrale nucléaire de Fukushima.

Carte de la zone d’évacuation réalisée par Yoshiharu Yonekura, UNSCEAR

Le gouvernement japonais prend des mesures hâtives mais nécessaires pour protéger la population. Les habitants vivant à moins de 20 kilomètres de Fukushima-Daiichi sont évacués dès le 11 mars 2011. Tandis que les personnes se trouvant entre 20 et 30 kilomètres reçoivent l’ordre de ne pas sortir de chez eux. Ce dernier groupe de personnes est également évacué le 25 mars 2011.

Au total, c’est plus de 100 000 habitants qui sont déplacés. La zone située à 20 kilomètres autour de la centrale nucléaire est strictement interdite d’accès. Sauf pour les personnes travaillant à la réhabilitation de cette région.

D’autres villages situés à plus de 20 kilomètres ont été ajoutés à ce périmètre d’exclusion le 30 mars 2011. Il s’agit principalement des municipalités d’Iitate et Katsurao. Elles se trouvent au Nord-Ouest du cercle parfait autour de la centrale nucléaire. Les habitants de ces villages ont été évacués sur la recommandation de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les vents avaient déplacé les radiations dans cette direction. Ce qui présentait un danger pour la santé des habitants en cas d’exposition prolongée.

En mai 2017, la loi sur les mesures spéciales pour la reconstruction et la revitalisation de Fukushima est révisée. Le gouvernement désigne alors des zones spéciales de reconstructions et revitalisation dans plusieurs parties de la zone d’exclusion. En accord avec cette loi, l’interdiction de se rendre dans certaines parties du périmètre d’exclusion est levée le 1er avril 2017. Il s’agit des endroits où les doses annuelles de radioactivité sont inférieures à 50 millisieverts. Cependant, les habitants ne sont autorisés qu’à se reloger dans les lieux où la dose est inférieure à 20 millisieverts par an.

Aujourd’hui la zone d’évacuation couvre encore 371 km². Cela représente un peu moins de trois pourcents de la superficie de la préfecture de Fukushima. Durant mon excursion dans la région, j’ai eu l’occasion de traverser plusieurs fois ce périmètre. J’ai également visité les endroits où l’interdiction de se rendre a été levée depuis 2017.

Mon récit débute ici.

La visite guidée des zones ravagées de la préfecture de Fukushima

La journée commence très tôt. Nous devons rejoindre un bus à la gare de Tokyo à 7 heures. Même si je vis au Japon depuis plus de deux ans maintenant, je ne suis toujours pas quelqu’un de matinal. Heureusement, l’excitation de visiter l’une des dernières régions japonaises dans lesquelles je ne suis pas allé a raison de mes habitudes. Je me lève miraculeusement en avance.

J’arrive au point de rendez-vous seulement quelques minutes avant l’heure fixée. Je suis accueilli par Takuto et son collègue Fumito Sasaki. Une fois dans le bus, ils annoncent aux voyageurs que le trajet durera environ 3 heures et demi.

Sur la route, Takuto nous explique qu’il a vécu dans la région touchée par le séisme de Tohoku. Avec cette visite, il souhaite revaloriser Fukushima aux yeux des Japonais et des étrangers. Car depuis la catastrophe nucléaire de nombreux efforts ont été réalisés pour réhabiliter cette partie du Japon.

Il nous fournit alors deux compteurs Geiger. Ces petits appareils sont capables de mesurer les rayonnements nocifs pour la santé. En d’autres termes, la radioactivité.

Compteur Geiger affichant la radioactivité à Tokyo.

Le compteur Geiger affiche 0,11 microsieverts par heure à Tokyo. Photo de Michaël da Silva Paternoster.

En jetant un œil sur le compteur, nous observons une radiation de 0,11 microsieverts par heure à Tokyo. Rien de bien inquiétant, ce taux est totalement normal. En effet, les radiations sont présentes partout à l’état naturel. Cette valeur nous servira seulement de référence pour le reste de la journée. Nous pourrons ainsi voir s’il est vraiment dangereux de vivre à proximité de Fukushima-Daiichi.

Le trajet jusqu’à Namie

Nous nous éloignons peu à peu des zones urbaines qui composent la périphérie de Tokyo. Nous roulons calmement sur des routes cernées par la verdure jusqu’à Iwaki. Cette ville de plus de 300.000 habitants a échappé de peu à l’évacuation en 2011. En effet, les habitants des municipalités voisines de Hirano, Naraha et Kawauchi ont dû quitter leur domicile après l’incident nucléaire.

A partir de ce point, les valeurs indiquées sur les compteurs Geiger augmentent légèrement. C’est également à cet endroit que nous croisons pour la première fois les « boîtes noires ». Ces grands sacs cubiques sont entassés dans des champs abandonnés. Ils contiennent des matières qui ont été contaminées par le nuage radioactif.

C’est notre première véritable confrontation avec les traces de l’incident nucléaire et elle a de quoi choquer. Les équipes qui nettoient la zone ne savent visiblement que faire de ces matériaux nuisibles. Le stockage se fait donc là où il y a de la place en attendant de trouver une meilleure solution.

Les alentours de la gare de Namie

Nous arrivons très vite à Namie, une des premières victimes du désastre de Fukushima-Daiichi. Notre première destination est la principale gare de la ville. Le bus nous dépose en face de cette station ferroviaire, dans un quartier qui semblait autrefois animé. La plupart des bâtiments encore debout sont en décrépitude. Pourtant, un taxi attend un client à la sortie principale de la gare, comme si tout était normal.

Un taxi blanc stationné devant la gare de Namie, dans la préfecture de Fukushima.

Un taxi attendant à la gare de Namie. Photo de Michaël da Silva Paternoster.

Une fois dans la station, Takuto nous explique que la ligne de chemin de fer qui passe par la gare de Namie est coupée en deux depuis 2011. En effet, l’arrêt suivant, la gare de Futaba, est situé dans la zone d’exclusion. Ce qui fait de Namie un terminus de fortune.

Malgré cette interruption, une quarantaine de passagers empruntent la gare de Namie quotidiennement. Ils étaient plus de 2.000 avant le drame. Cette baisse de fréquentation est également la conséquence de la forte diminution de la population de Namie. Depuis que l’interdiction de vivre dans la ville a été levée, seulement 800 personnes sont revenues. La municipalité comptait 21.000 habitants en 2011.

Nous avons l’occasion de parcourir les rues de Namie pendant quelques minutes pour confirmer cette situation. Sur notre chemin, nous voyons de nombreux magasins et maisons abandonnés. En regardant par la fenêtre de certaines boutiques, nous faisons un bon de sept ans en arrière. Le temps s’est arrêté là où les habitants n’ont pas décidé de revenir.

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Dowdy Namie. #hopefukushima

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Cette balade post-apocalyptique s’achève très rapidement. Nous montons alors dans le bus pour aller vers une autre destination.

La ferme de Monsieur Yoshizawa

Après avoir fait une halte dans un petit restaurant de curry, nous prenons la route pour nous rendre dans l’exploitation bovine de Monsieur Masami Yoshizawa. Sur le chemin, nous pouvons encore apercevoir des champs sur lesquels sont empilés les sacs noirs contenant les matières contaminées.

La ferme de Monsieur Yoshizawa se trouve seulement à quelques mètres de ces lieux de stockage. Plusieurs vaches vivent dans un pâturage vallonné traversé par plusieurs pylônes électriques. Ils devaient sûrement prendre leur source à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi.

Au moment où nous arrivons, un certain nombre de ces bovins sont en train de déguster de délicieux ananas. C’est plutôt étonnant, mais sans aucun rapport avec le fil rouge de cette journée.

Des vaches mangent des ananas à Fukushima.

Les vaches de Monsieur Yoshizawa dégustent de délicieux ananas. Photo de Félix Goux.

Notre rencontre avec le propriétaire des lieux nous remet très vite dans l’ambiance. Monsieur Yoshizawa nous fait savoir qu’il n’est pas content des décisions prises par le gouvernement.

Nous avions pourtant été prévenus par une voiture et une citerne situées à l’entrée de son domaine sur lesquels Monsieur Yoshizawa a inscrit ses revendications. Une remorque transportant une vache en métal est accrochée au véhicule couvert de messages à l’attention des autorités à Tokyo. C’est avec ce char que le fermier s’est rendu à Tokyo pour réclamer une meilleure indemnisation des sinistrés.

Un char composé d'un keicar et d'une remorque contenant une statue de vache. Plusieurs messages visant à alerter sur la situations des fermiers de Fukushima sont inscrits sur le véhicule.

Monsieur Yoshizawa a utilisé plusieurs fois ce char pour exprimer ses revendications à Tokyo. Photo de Michaël da Silva Paternoster.

La situation des fermiers de Fukushima

En 2011, l’évacuation des contrées rurales situées à proximité de la centrale a obligé les fermiers de la région à abandonner leur bétail. En tout, c’est plus de 30.000 porcs et 10.000 vaches qui ont été laissées sans eau ni nourriture sur des pâturages contaminés. Pour éviter tout risque sanitaire, le gouvernement a demandé l’autorisation d’abattre les animaux se trouvant dans les zones irradiées aux propriétaires. Les fermiers qui ont accepté ont été indemnisés.

Ce n’est pas la décision qu’a pris Monsieur Yoshizawa qui tient absolument à son troupeau. Malheureusement pour lui, son choix ne lui permet pas de vivre de son bétail. Puisque personne ne souhaite acheter de la viande produite à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima.

« Le premier ministre Shinzo Abe préfère organiser les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 en étant déguisé en Super Mario plutôt que d’affronter la réalité à Fukushima. » Masami Yoshizawa

Il nous explique notamment que certaines vaches ayant survécus ont eu des symptômes étranges. Une douzaine de bovins présentent des taches blanches sur leur peau. Il n’y a aucun doute pour Monsieur Yoshizawa, il s’agit des conséquences de l’incident nucléaire de Fukushima. C’est donc inévitablement la faute de Tepco, l’entreprise qui exploitait cette centrale nucléaire.

Masami Yoshizawa, un fermier de Fukushima.

Masami Yoshizawa. Photo de Félix Goux.

Le fermier estime que lui et les gens de la région n’ont pas été indemnisés à la hauteur du sinistre. Il dit aussi que le gouvernement minimise l’incident nucléaire quand il l’évoque publiquement.

Un combat entre la sécurité sanitaire et l’économie locale

Le récit de Masami Yoshizawa me rappelle une conversation que j’ai eu une semaine plus tôt avec mon employeur. Max Hodges a visité plusieurs fois les zones sinistrées de Fukushima en 2011. Il a photographié les abords de la centrale nucléaire au moment le plus critique. Ses photographies ont été publiées dans de prestigieux journaux. C’est notamment l’un des articles du New York Times sur lequel il a contribué qui a révélé un des plus grands scandales alimentaires du Japon.

Après avoir visité clandestinement la zone d’exclusion, Max s’était rendu dans des exploitations agricoles situées à proximité. Les fermiers de la région n’avaient pas été alertés de la possible présence de radiations dans leurs pâturages. Ainsi, de la viande contaminée avait été vendue sur des marchés et dans des restaurants partout dans le Japon.

« Un couple de fermiers vivait dans une zone contaminée avec leur nouveau-né sans le savoir. Ils vendaient leur bétail comme si tout était normal. Après l’article du New York Times, ils ont dû déménager. » Max Hodges

Cet épisode avait montré l’incapacité des autorités japonaises à contrôler les flux de matières irradiées. Cela avait également sensibilisé l’opinion publique aux risques alimentaires liés à l’incident nucléaire.

Max a également publié un photoreportage centré sur le quotidien de Shoji Kobayashi. Ce rescapé avait décidé de rester vivre dans la zone d’exclusion malgré les directives de l’Etat. Les vies de Monsieur Yoshizawa et de Monsieur Kobayashi semblent assez similaires. De mon point de vue, il est assez difficile de savoir si leurs décisions sont motivées par de la nostalgie, de la folie ou de l’acharnement. Quoi qu’il en soit, je vous invite à jeter un coup d’œil aux photos de Max. Elles vous permettront de mieux comprendre ce qu’ont subi les gens qui vivaient à proximité de la centrale nucléaire.

Champ à Fukushima.

Le champ de Monsieur Yoshizawa est sur le chemin des câbles électriques en provenance de la centrale nucléaire. Photo de Félix Goux.

Je quitte la ferme bovine en me disant que la situation de Monsieur Yoshizawa est sûrement beaucoup plus complexe que ce que laisse transparaître notre entrevue de quelques minutes. Mais j’ai très peu d’espoir concernant la cause des fermiers de la région. Je leur souhaite beaucoup de courage.

Les radiations ne sont pas le seul danger dans la zone d’exclusion de Fukushima

Lors de nos trajets en bus, nous passons plusieurs fois par la zone inhabitable. Des routes sur lesquelles il y a pourtant du trafic traversent des lieux qui sont encore sujets à de fortes doses de radiations. Même si nous sommes déjà bien loin de la radioactivité qu’a connu la région en 2011.

« Les autorités disent qu’il faut traverser cette route le plus vite possible. » Takuto Okamoto

Il est interdit de sortir de son véhicule lorsque l’on traverse les routes situées dans la zone d’exclusion. Cette règle vise à protéger les conducteurs et passagers des radiations, mais également des vols. Le Japon est l’un des pays où la délinquance est la plus faible du monde. Mais la situation extraordinaire dans laquelle se trouve la préfecture de Fukushima a eu raison de cette sécurité.

Une maison abandonnée à seulement quelques mètres de la zone d'exclusion de Fukushima.

Une maison abandonnée à quelques mètres de la zone d’exclusion de Fukushima. Photo de Félix Goux.

Même si la situation s’est améliorée depuis 2011, les habitants de la région sont encore en détresse. Ceci explique de nombreux pillages et quelques attaques sur des véhicules. Il est d’ailleurs complétement interdit d’emprunter ces routes lorsque vous êtes sur un deux roues.

La police japonaise fait son travail même dans la zone d’exclusion

Durant la journée, nous avons croisé plusieurs fois des patrouilles de police et des caméras de surveillance. A Fukushima, la mission des forces de l’ordre est de protéger les habitants de la région contre de potentielles attaques. Ils s’assurent également que des pilleurs ou des explorateurs urbains ne rentrent pas dans la zone interdite.

Cette tâche semble difficile, puisque le périmètre est très large. De plus, les milliers de bâtiments abandonnés depuis sept ans sont autant d’invitations à faire de l’urbex. Si le bus s’était arrêté et que la radioactivité avait été moins importante, j’aurais pris un énorme plaisir à photographier ces maisons et magasins reconquis par la végétation.

Une résidence abandonnée à Tomioka, Fukushima.

Une résidence abandonnée à Tomioka. La zone d’exclusion commence juste de l’autre côté de la rue. Photo par Michaël da Silva Paternoster.

Mais le problème, c’est que le compteur Geiger s’affole régulièrement dans cette zone. La machine nous indique grâce à des signaux sonores que la radiation est anormale le long de cette route. Le compteur a affiché 4 millisieverts pendant un court instant. Une chose est sûre, la décontamination n’est pas encore terminée à Fukushima.

Qui décontamine les zones irradiées ?

S’il y a un sujet qui est très peu abordé durant l’excursion c’est les méthodes employées pour décontaminer les zones irradiées. Mais nous avons très vite l’occasion d’amener ce sujet sur la table.

Depuis le bus, nous sommes capables de voir des travailleurs portant de simples tenues de chantiers effectuer dans la zone d’exclusion. Takuto clarifie la situation lorsqu’un visiteur lui demande dans quelles conditions ces gens travaillent.

« Les personnes en charge de la décontamination ne peuvent travailler que sept heures par jour pendant quatre mois consécutifs. Ils doivent ensuite prendre deux mois de congés avant de pouvoir retourner dans la zone d’exclusion. Certaines entreprises les paient 15000 yens de la journée pour faire ce travail. » Takuto Okamoto

15.000 yens représentent environ 115 euros par jour. Si cela est vrai, ces travailleurs sont payés trois fois plus que le salaire minimum dans la préfecture de Fukushima. Ce serait des conditions de travail bien meilleures que celles qui avaient été relayées par la presse internationale au lendemain de la catastrophe nucléaire.

Plusieurs journaux avaient révélé que des personnes sans domicile fixe étaient embauchées par des entreprises sous-traitantes pour nettoyer la zone d’exclusion. Des réseaux criminels auraient tiré bénéfice de la vulnérabilité de ces personnes vivant dans la précarité. Ces pauvres gens auraient travaillé pour un maigre salaire dans des conditions inacceptables.

En 2016, je m’étais rendu à Sendai, la plus grande municipalité du Tohoku. J’avais pu y voir un nombre inhabituel de personnes sans domicile fixe dans les alentours de la gare principale de cette ville. Sendai n’est située qu’à une soixantaine de kilomètres de la centrale nucléaire. Il y a fort à parier que la plupart de ces personnes attendaient qu’on leur propose un travail dans la zone d’exclusion.

Mais il y a beaucoup d’autres problèmes qui entourent les conditions de travail autour de Fukushima-Daiichi. Même si on laisse de côté le business affreux que la mafia japonaise développe grâce à l’incident nucléaire.

Un magasin dans la zone d'exclusion de Fukushima.

Ce magasin se trouve encore dans la zone d’exclusion de Fukushima.

En effet, il semblerait que les travaux d’assainissement soient trop difficile même pour 15,000 yens la journée. En 2014, quatre employés d’entreprises sous-traitantes avaient poursuivi Tepco en justice. Ils estimaient que leur rétribution n’était pas suffisante par rapport aux risques auxquels ils étaient exposés. Certains travailleurs seraient beaucoup plus exposés que les 50 millisieverts annuels autorisés. Le turnover des effectifs serait démentiel. La plupart des nouveaux arrivants préféreraient rentrer chez eux après seulement quelques jours de travail.

Malheureusement, il faudra encore de la main d’œuvre pour longtemps. Car le travail de décontamination est loin d’être terminé. En effet, le démantèlement de la centrale nucléaire devrait prendre entre 30 et 40 ans. C’est un travail gigantesque qui devrait coûter plusieurs dizaines de milliards de dollars au Japon.

Le littoral de Namie n’est plus très menaçant

Notre bus s’approche de plus en plus près de la côte. Après avoir parcouru des routes de forêt légèrement accidentées, nous arrivons dans un tout autre environnement. La zone est plane et dépourvu d’arbres et d’habitations. Nous sommes au milieu de hautes herbes.

C’est seulement après quelques minutes que je réalise que nous nous trouvons dans un endroit qui devait être autrefois habité. Sept ans plus tôt, des maisons et des magasins devaient longer la route que nous empruntons. C’était avant le passage des vagues meurtrières de 2011.

Pendant ce voyage, j’étais accompagné par Félix Goux de la boutique japonaise 99Japan qui avait déjà visité les côtes ravagées de la préfecture d’Iwate pour Nipponrama. Il s’était notamment rendu dans la ville de Kamaichi située sur le littoral à 270 kilomètres de Namie. Cette municipalité avait été l’une des plus affectée par le tsunami. Afin de redynamiser la région, les autorités japonaises ont décidé qu’elle sera l’une des villes hôtes durant la Coupe du Monde de Rugby de 2019.

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Félix n’était pas surpris par le spectacle qui était sous nos yeux.

« La zone littorale de Namie ressemble énormément à ce que j’ai vu à Kamaichi. » Félix Goux

Peu de gens en dehors du Japon s’imagine la véritable ampleur du tsunami de 2011. C’est bien plusieurs centaines de kilomètres de côtes japonaises qui ont été rasées durant ce triste événement. Le nombre de bâtiments détruits dépasse le million.

Mais le gouvernement japonais n’entend pas laisser gagner la tectonique des plaques. Il fait tout pour se réapproprier ces terres de nouveau vierges quitte à dénaturer un peu plus sa façade maritime.

9 mètres de béton pour faire face aux futurs tsunamis

Le bus s’arrête au milieu de ces nouvelles prairies. En sortant nous pouvons voir une immense structure blanche en béton. Cet édifice ressemble à une muraille. Les guides nous invitent à nous y rendre en marchant quelques mètres. Une fois au pied de ce monument, je m’aperçois qu’il ne s’agit pas d’un simple mur. La paroi est inclinée et des escaliers nous permettent de monter les neuf mètres de haut du bâtiment. C’est ce que nous faisons.

Une fois au sommet, nous découvrons ce qui se cache de l’autre côté de la structure : une plage, puis l’océan Pacifique. Les autorités ont construit une gigantesque digue pour protéger la côte de futurs tsunamis.

La digue qui protège la côte de Fukushima est en construction.

La centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi se trouve droit devant, derrière la colline. Il est difficile de juger la hauteur de la digue sur cette photo, mais la structure fait bien neuf mètres de haut. Photo de Michaël da Silva Paternoster.

A cet endroit, nous sommes à seulement 6 kilomètres de la centrale nucléaire Fukushima-Daiichi. Pourtant le compteur Geiger nous indique 0,011 millisievert. La dose de radiations est donc la même qu’à Tokyo. Cela montre que le travail d’assainissement porte ses fruits. Les efforts et les sacrifices des travailleurs paient.

Du haut de cette immense digue, nous ne pouvons voir que deux ou trois bâtiments qui n’ont pas succombé aux secousses et aux vagues. Parmi ces édifices, il y a les murs bleus d’une école. Nos guides nous font descendre de notre piédestal pour nous y emmener à pied.

L’épopée des écoliers d’Ukedo

Lorsque nous arrivons enfin au niveau de la cours de l’école, Takuto commence à nous raconter l’histoire des enfants qui s’y trouvait le 11 mars 2011.

Un groupe de touriste prend en photo l'école primaire d'Ukedo. C'est l'un des seuls bâtiments à être resté debout à Namie, Fukushima après le tsunami de 2011.

L’école d’Ukedo est l’un des derniers vestiges du littoral de Namie. Photo de Michaël da Silva Paternoster.

Les écoliers japonais font régulièrement des exercices de prévention contre les catastrophes naturelles. L’une des règles de sécurité est de se regrouper dans la cour de récréation lorsqu’un tremblement de terre prend fin. C’est ce qu’auraient dû faire les élèves et les professeurs de l’école primaire Ukedo après le séisme de magnitude 9. Heureusement, ce jour-là leur instinct leur a dicté de ne pas suivre cette règle. Ainsi, ils ont pu courir se réfugier sur une colline située à 1,5 kilomètres avant que le raz-de-marée n’ensevelisse la ville. Grâce à cette bonne décision, aucune victime n’a été déplorée parmi les enfants et le corps enseignant.

Après ce récit poignant, nous avons quelques minutes de temps libre pour prendre des photos de cet édifice.  Les murs de ce bâtiment ont conservé leur peinture bleue. Ce qui contraste totalement avec la verdure qui a envahis la plaine. Aymerick Roveda de la chaîne Aymerick Everywhere en profite pour faire des prises de vues aériennes de cette zone désertée avec son drone.

Une fois ces 15 minutes de pause passées, nous montons de nouveau à bord du bus. Nous nous rendons cette fois à Tomioka. Il s’agit d’une autre ville victime des fuites radioactives de Fukushima-Daiichi.

Tomioka, une ville en reconstruction

Nous passons une nouvelle fois dans la zone d’exclusion. Nous entrons dans une zone industrielle très vite après avoir passé le panneau qui indique la fin de la région inhabitable. Notre bus s’arrête sur le parking d’un supermarché refait à neuf.

Hiroko Nakayama, une habitante de Tomioka, monte dans notre bus. Après s’être présentée, elle entame une visite guidée de sa ville en reconstruction. Elle nous explique brièvement la situation des habitants qui ont été relogés.

Depuis la réouverture d’une partie de Tomioka, les autorités ont proposé aux anciens habitants de revenir s’y installer. Afin de faciliter les retours, des quartiers résidentiels ont été construits pour l’occasion. Ces districts sont composés de pavillons avec des petits jardins. Pour accéder à ces logements, les gens de Tomioka doivent accepter de détruire leur ancienne résidence. Malheureusement, peu de personnes ont répondu à l’appel.

« La moyenne d’âge des habitants de Tomioka est maintenant de 70 ans, alors qu’elle était inférieure à celle de Tokyo avant le drame. » Hiroko Nakayama

Les familles les plus jeunes n’ont pas fait le choix de revenir. Beaucoup d’entre elles sont encore dans les quartiers de réfugiés. En conséquence, l’école de la ville n’accueille plus que 17 élèves alors qu’elle en avait un millier avant le drame.

Une école abandonnée à Tomioka, Fukushima.

L’entrée d’une école abandonnée où se trouve un compteur Geiger envahi par la verdure. Photo de Michaël da Silva Paternoster

Chose assez surprenante, les personnes déplacées qui n’ont pas décidé de revenir et qui n’ont pas détruit leur habitation paient toujours des impôts locaux. Les habitants de Tomioka continuaient d’ailleurs d’être taxés par la municipalité lorsque les lieux étaient encore inhabitables.

Le festival de la floraison des cerisiers, un signe d’espoir

Avant la catastrophe, Tomioka était populaire dans la région pour son festival des fleurs de cerisiers. Une des rues de la ville était surnommé le « Tunnel des fleurs de cerisiers ». Car les branches des arbres situés de chaque côté de cette voie formaient un arc qui couvrait le ciel de pétales roses. Après plusieurs années dans la zone d’exclusion, les ouvriers ont dû couper de nombreux branchages irradiés. Cela a légèrement dénaturé cette rue.

Rue bordées de cerisiers à Tomioka, Fukushima. A seulement quelques mètres de la zone d'exclusion.

Le « Tunnel de cerisiers » à Tomioka, Fukushima. Ici, nous sommes à seulement quelques mètres de la zone d’exclusion. Photo de Félix Goux.

De plus, seulement un cinquième de cette rue a été réouverte au public. Le reste de l’avenue est encore dans la zone d’exclusion. La voie est simplement bloquée par un grillage d’environ deux mètres surveillé par une caméra.

Cela n’a pas empêché les locaux de réorganiser leur festival au printemps dernier. Hiroko Nakayama semble très fière que cet événement est pu avoir lieu après plusieurs années d’absence.

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Aujourd’hui, 390 hectares de la ville de Tomioka sont encore dans la zone d’exclusion. Les équipes de nettoyage assainissent progressivement les rues de la municipalité. Madame Nakayama espère que le festival des fleurs de cerisiers retrouvera sa splendeur d’antan grâce aux efforts de chacun.

La centrale nucléaire était la pierre angulaire de la région

La visite de Tomioka se termine par un coucher de soleil sur le parking d’un supermarché qui a récemment réouvert. Le soleil s’éclipse doucement derrière un restaurant de sushi situé de l’autre côté de la route. Les murs de ce bâtiment sont en décrépitude. Les propriétaires de cet établissement n’ont visiblement pas décidé de revenir à Tomioka. Le nom de ce restaurant est écrit en gros sur un panneau à l’entrée : « Atom Sushi ».

Un restaurant nommé Atom Sushi, à Tomioka dans la préfecture de Fukushima. Photo de Michaël da Silva Paternoster.

Un restaurant nommé Atom Sushi, à Tomioka dans la préfecture de Fukushima. Photo de Michaël da Silva Paternoster.

« Les noms des commerces de la région faisaient souvent référence à la centrale nucléaire avant le drame. » Fumito Sasaki

Ces plaisanteries ne semblent plus faire rire personne dans la région. Je suis d’ailleurs légèrement mal à l’aise lorsque j’y repense en montant dans le bus qui nous ramène à Tokyo. Les gens qui me connaissent pourront pourtant vous dire que je suis un amateur d’humour noir. Pas cette fois.

Le bilan des radiations

Notre bus s’arrête devant la gare de Tokyo après avoir parcouru les 250 kilomètres qui la séparent de la zone d’exclusion. Ici, nous faisons le bilan des doses radioactives auxquelles nous avons été exposées durant la journée. Takuto nous montre l’écran du compteur Geiger qui nous a suivi pendant tout notre voyage : 0,02 millisieverts. Cette dose n’a rien de nocif pour l’homme, même lorsqu’on y est exposé pendant une longue durée. C’est même moins que les 0,04 millisieverts qui étaient annoncés sur le site de Japan Wonder Tour.

« Un trajet en avion de Tokyo à New York vous expose à 1 millisievert. »Takuto Okamoto

C’est sur cette comparaison étonnante que la journée s’achève. Je rentre chez moi avec une vision différente de cette région de la préfecture de Fukushima. Je pensais que ce voyage allait me donner une opinion manichéenne sur les zones sinistrées. Il n’en est rien.

Mon avis sur le Fukushima Disaster Area Tour

En bref, il s’agit de l’excursion la plus intéressante que j’ai pu faire dans ma vie. Le quotidien des habitants et tous les aspects de la catastrophe y sont abordés. De plus, le coût du voyage est plutôt abordable quand on considère qu’il inclut le prix du transport jusqu’à Fukushima.

Mais je ne vais pas vous mentir, ce voyage n’est pas réservé à tout le monde. J’ai vu beaucoup d’espoir dans les yeux de Takuto Okamoto et de Hiroko Nakayama. Mais je ne peux m’empêcher de penser au sort de Monsieur Yoshizawa et des autres victimes de l’incident nucléaire.

J’ai bien peur que cette excursion soit trop sinistre pour les gens qui voyagent pour la première fois au Japon. Sauf si vous avez un intérêt très prononcé pour l’environnement ou la sociologie. Je recommanderais surtout cette visite guidée aux expatriés et aux touristiques qui ont déjà baroudé plusieurs fois au Japon. Car il faut avoir une bonne connaissance de la société japonaise pour mettre en perspective les informations que vous obtiendrez à Fukushima.

Michaël da Silva Paternoster avec son superbe Sony A7 III et son gimbal de champion.

Je recommande cette visite guidée, mais pas à tout le monde. Photo de Félix Goux.

Pour ma part, cette excursion m’a permis de voir une réalité qui dérange. Un monde situé à 250 kilomètres de Tokyo, mais dont personne n’ose parler dans la capitale japonaise. Comme si le fait de ne pas évoquer la situation à Fukushima annulait le problème.

J’ai la certitude que ce voyage ne présente aucun danger pour la santé. La situation sanitaire est actuellement sous contrôle (au moins sur les terres). Le problème n’est pas là.

On n’efface pas une catastrophe nucléaire d’un coup d’éponge. Tous les efforts du monde ne pourront jamais rendre les villes de Namie et Tomioka. Leurs habitants ont encore beaucoup de chemin à faire pour retrouver une vie normale. Je leur souhaite beaucoup de courage.

On n’effacera jamais non plus le traumatisme qu’a vécu toute la nation japonaise. Je sais que beaucoup de gens ne partageront pas mon avis. Mais je pense honnêtement qui s’agit de l’événement historique qui a eu le plus d’impact sur les mentalités au Japon. Bien plus que la bulle financière des années 1990. Bien plus que la capitulation de 1945. Bien plus que l’occidentalisation au XIXe siècle. Et bien plus que la politique isolationniste instaurée au XVIIe siècle. Cette catastrophe nucléaire a ajouté une nouvelle facette à la société japonaise. Je vous invite à faire cette visite guidée si vous voulez mieux la comprendre.

En ce qui me concerne, je pense que les Japonais, comme le reste du monde, devront rapidement trouver des solutions durables et moins risquées pour produire de l’énergie. Ou la population vivra constamment dans la peur qu’un événement aussi catastrophique se produise de nouveau.

Je serais intéressé de savoir ce que vous pensez de ce genre de visite guidée. Visiteriez-vous ces zones inhospitalières pour en apprendre plus sur cette catastrophe et le quotidien des gens de la région ? Si vous avez un avis sur la question, je serais heureux de le lire dans les commentaires de cet article. Je vous invite également à me poser vos questions dans cette même section. Je tâcherai d’y répondre dès que j’ai un peu de temps libre.

Michaël da Silva Paternoster

Français vivant au Japon depuis 2016. Je travaille en tant que manager et consultant en marketing pour plusieurs entreprises japonaises et étrangères.

All stories by : Michaël da Silva Paternoster
  • Je suis très partagée quant à l’utilisation du mot tourisme. Il insinue un voyage d’agrément or là, pour moi, c’est un déplacement qui peut inciter les gens à prendre conscience de la situation.

    Je trouve très intéressant de mettre en lumière la région et les personnes touchées par cette catastrophe mais, comme tu le dis d’ailleurs, ce n’est pas une visite pour tous.

    Ton texte est clair et n’est pas voyeur, j’ai peur que pour certains ce soit ça l’envie d’y aller. Quelque part beaucoup se délectent des tragédies.

    Ton article est très intéressant.

    PS : même si l’air n’est pas contaminé, ce n’est pas le cas du sol et là le compteur ne sert pas à grand chose.

  • Superbe article. Ton témoignage est très intéressant. J’ai beaucoup aimé tes photos.

    Je suis curieuse de savoir combien t’a coûté l’excursion ?

    • Michaël da Silva Paternoster 11 septembre 2018 à 16 h 22 min

      Bonjour Lydie.

      A l’heure où j’écris ce message, l’excursion d’une journée coûte environ 200 euros, transport inclus. Seul le repas et les boissons ne sont pas compris dans ce tarif.

      Bonne fin de journée.

  • Les gens qui décontaminent laissent les sacs là alors que c’est des déchets nucléaires ?

    • Michaël da Silva Paternoster 11 septembre 2018 à 16 h 28 min

      Bonjour Alex.

      Ce ne sont pas des déchets nucléaires mais des matières irradiées. Il y a une légère nuance. Ce qui est mis dans les sacs a été contaminé par les fuites nucléaires.

      Bonne fin de journée.

  • Question bête : comment on décontamine un endroit ?

    Sinon, ça me ferait vraiment peur de savoir que l’endroit n’est pas entièrement nettoyé. Donc, je ne suis pas intéressé par le tour.

    • Michaël da Silva Paternoster 12 septembre 2018 à 9 h 27 min

      Bonjour Kirby.

      De ce que j’ai vu sur place, les équipes de nettoyages déterminent quelles matières sont contaminées. Ensuite, ils les démantèlent, les découpent ou les ratissent pour les mettre dans des sacs.

      Le problème commence véritablement à ce stade, puisque ces matières restent radioactives pendant de nombreuses années. Pour le moment, ils stockent les sacs là où ils peuvent. Mais dans le futur, ils n’auront d’autre choix que de les enfouir (ou de les envoyer dans l’espace).

      Bonne journée.

  • Excellent article! Je ne savais pas que des visites guidées étaient possibles. Ca fait mal au coeur de voir ces maisons et magasins abandonnés ainsi que ces personnes en détresse. Je trouve très courageux ceux qui sont revenus et essayent de s’en sortir sur place, je trouve ça aussi assez fou. Moi personnellement je serais pour faire cette visite guidée par contre je ne sais pas si les habitants seront contents à long terme.

    • Michaël da Silva Paternoster 12 septembre 2018 à 9 h 34 min

      Bonjour Anissa.

      De ce que j’ai vu, les habitants qui sont revenus veulent absolument rester.

      Bonne journée.

  • Bonjour,

    Pardon de cette intervention mais n’y a t’il pas de visites guidées bien plus joyeuses à faire au Japon et profitant réellement aux habitants et artisans locaux que d’aller dans une zone ravagée et de faire tourner un tourisme malsain emprunt de voyeurisme ? De plus, le titre et la communication putaclic pour engendrer du trafic me dérange un peu personnellement. Même si l’article n’est pas rémunéré via un sponsoring avec l’agence Japan Wonder Travel, je ne peux m’empêcher de penser que l’existence de ce sujet n’est motivé que par le désir d’amener un maximum d’internautes sur le site. Je suis convaincu qu’il existe des solutions bien plus intelligentes pour revaloriser la région que de faire déambuler des touristes au milieu des victimes d’une catastrophe ou de tenter de faire le buzz avec un sujet sensible comme celui-ci. En dehors de ça, l’article est parfaitement bien écrit et bien documenté.

    Merci de m’avoir lu.

    • Michaël da Silva Paternoster 12 septembre 2018 à 5 h 37 min

      Boujour Ammoprod.

      Merci pour votre commentaire, même s’il est assez critique. Votre point de vue est très intéressant et complétement justifié.

      Je ne pense pas qu’il s’agisse réellement de « voyeurisme ». En soit le lieu présente un intérêt culturel et historique indéniable. C’est ce qui attire également les touristes vers des attractions plus traditionnelles. L’ensemble des personnes à qui nous avons parlé durant cette excursion ont accepté de travailler avec l’agence qui organise ce voyage. Je pense qu’ils souhaitent que leurs témoignages soient entendus et relayés.

      Je ne suis pas sûr de pouvoir accepter l’appelation « putaclic » pour qualifier cet article, le titre et le contenu de l’article ne sont pas mensongers. De plus, j’ai passé plusieurs jours à me documenter et à écrire pour proposer la meilleure retranscription possible de ce que j’ai vu à Fukushima. Et j’ose espèrer que les personnes qui sont arrivées sur cette page en ont eu pour leur clic.

      Evidemment, je fais tout pour que ce contenu soit le plus vu et partagé. J’y ai consacré du temps et je suis réellement fier du résultat. Je ne suis que blogueur, mais je pense qu’un journaliste a le même objectif lorsqu’il écrit un article sur un sujet qui lui tient à coeur. De plus, je pense que tout le monde est gagnant dans l’histoire : je suis lu, la voix des victimes est entendu, le lecteur est informé et le travail de l’agence est relayé.

      En soit, cette excursion a également eu un effet positif sur la vision que j’avais de la préfecture de Fukushima. Je pense que je ne me poserai plus de questions lorsque j’aurai à faire des voyages dans le Tohoku. Jespère que la lecture de cet article apportera ce même changement chez les lecteurs. Sur ce point, cette excursion va vraiment aider les artisans des régions voisines sur le long terme et alimenter l’effort de redynamisation du Nord-Est du Japon.

      Merci encore d’avoir partagé votre avis sur cet article.

  • Merci d’avoir publié mon commentaire et content de voir que vous êtes capable d’accepter la critique, ce n’est pas le cas de tous les blogueurs.

    Je ne remets pas en cause la qualité de l’article, c’est plutôt le titre qui me déplait (putaclic n’était pas la définition exacte que j’avais peut-être en tête, je m’en excuse). J’ai toutefois dû mal a accepter qu’on fasses commerce d’une catastrophe mais je respecte le travail effectué sur la rédation en elle-même. Pour ma part, après avoir lu l’article, je reste tout de même sur un sentiment d’avoir parcouru une documentation publicitaire pour un tour organisé dans un lieu dévasté et une promotion pour le blog plutôt qu’un article d’information, malgré vos précisions bienvenues en première partie. C’est une perception personnelle et peut-être que je suis le seul à avoir un tel ressenti.

    Quand à l’existence d’une telle visite guidée, je suis sceptique sur les retombées offrant un bénéfice pour les habitants, mais peut-être qu’il est trop tôt pour les mesurer. Il faut quand même être sacrément optimiste pour penser que les gens vont venir dans la région passer du bon temps après une balade dans une zone dévastée, les yeux rivés sur un compteur Geiger… Je pense, peut-être à tort, qu’ils vont vite se carapater jusqu’au Shinkansen pour repartir à Tokyo à peine la visite terminée ! J’espère être dans l’erreur mais il me faut aussi tenter de rester lucide. De mon avis personnel, montrer des ruines n’est De toutes façons pas la meilleure façon de faire la promotion de la région, qui compte sans doute nombre de choses très intéressantes et autrement plus « joyeuses ».

    Alors est-ce que ce genre d’initiative peut donner de la voix aux victimes pour leur revendications ? Peut-être… Mais si ils n’ont pas été entendues jusqu’à maintenant, je doute que les choses changent suite au passage de bus de touristes au milieu des décombres. Si c’est le cas, ce sera une bonne nouvelle, j’imagine.

    Aussi, je n’arrive pas à comprendre les touristes qui manifestent de l’intérêt pour ce genre de séjour et j’ai bien du mal à voir le côté culturel et historique de la chose. Car il ne faut pas se voiler la face, les gens qui visitent ces lieux, comme c’est un peu le cas pour Hiroshima, ne désirent que s’afficher sur les réseaux sociaux dans un lieu « dangereux » ou briller lors des dîners mondains en vantant leur courage de s’y être rendu. Tout ça reste un point de vue personnel et j’espère qu’une petite proportion de touristes au moins se rendent dans ces lieux avec un vrai désir d’approfondir leur culture personnelle. C’est un concept que je ne partage pas mais que je peux éventuellement comprendre. Disons que j’ai plus d’intéret à titre personnel pour les activités « positives » et préfère si je devait choisir passer un bon moment dans un onsen de Yamagata ou déguster un plat de Guytan à Sendai plutôt que de plomber mon voyage avec une journée de déprime du côté de la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire (désolé je n’ai pas d’exemples concrets plus près de Fukushima n’ayant pas encore eu la chance de m’y rendre).

    Enfin, chaucun son truc n’est-ce pas ?

    Pardon de cette longue intervention de la part d’un internaute têtu comme moi, qui n’as pas pour but de lancer un débat mais juste de donner mon avis sur la question.

    Merci à vous et bonne continuation.

  • Je suis heureux de voir ces articles faire surface tranquillement.

    Mon épouse étant originaire d’Odaka à Minamisoma, j’ai la chance de visiter le secteur au moins une fois par année afin de voir la famille et les médias ont tendance à démoniser un endroit où ils n’ont jamais mis les pieds.

    Tout le monde doit visiter au moins une fois pour comprendre ce qui s’est passé et comment les gens s’adaptent à une telle situation.

    Merci de partager cet article, en espérant que les gens s’ouvrent les yeux plutôt que de se fier aux médias biaisés.

  • J’ai lu ton article avec beaucoup d’intérêt. J’ai vécu au Japon, dans la préfecture de Tochigi de 2012 à 2017. Bien sūr, je me suis posée beaucoup de questions avant de m’installer… et en cinq ans, j’ai soigneusement évité d’acheter viande ou légumes produit dans le Tohoku. C’était ma limite.

    Je me souviens que lorsque je suis arrivée, beaucoup de monde déplorait que Sendai, très dynamique aussi côté tourisme avant la catastrophe, soit désormais boudée. Finalement, il m’aura fallu quatre ans pour faire mes premiers voyages dans le Tohoku. Il y a plein de choses à voir dans cette région et je regrette de m’y être prise si tard !

    Je ne sais pas si j’aurais eu le courage de faire cette expédition « au coeur du problème » et d’aller regarder les choses bien en face, mais je trouve très bien que tu aies eu la curiosité intellectuelle de le faire, et que tu témoignes. C’est un tournant dans l’histoire contemporaine du Japon, quelque chose avec lequel tous les Japonais doivent vivre, et qui impacte aussi tous les résidents japonais.

    Je suis allée à Hiroshima – pas pour goūt du morbide comme évoqué par le commentaire au-dessus, mais pour prendre conscience – de ce que le Japon a vécu, de ce que l’humanité est capable en terme d’horreur. Il est impossible de sortir du musée / mémorial sans être secoué – et des fois, ça fait du bien.

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