Tojin Yashiki : l’ancienne colonie Chinoise de Nagasaki

Tojin Yashiki : l’ancienne colonie Chinoise de Nagasaki

1140 584 Michaël da Silva Paternoster

Tojin Yashiki est l’ancien comptoir commercial Chinois de Nagasaki. Il a longtemps été le seul point de contact entre le Japon et la Chine.

Malgré sa grande histoire, ce quartier n’est mis en avant par aucun guide touristique. Cela se ressent quand vous le visitez, puisque vous risquez de vous retrouver à déambuler tout seul dans ses rues étroites et pleines de charme.

l’Histoire de Tojin Yashiki

Si tous les touristes visitant Nagasaki s’empressent de se rendre à Dejima, l’île artificielle qui a servi de comptoir commercial aux Hollandais, et au quartier Chinois de Shinchi, peu d’entre eux font un détour à Tojin Yashiki. Ce quartier peu animé est pourtant chargé d’histoire. Une histoire qui a un lien direct avec les deux lieux précédemment cités.

Nagasaki, l’unique porte sur le reste du monde

Au cours du XVIIe siècle, le Japon acquière enfin une stabilité politique, avec l’instauration du shogunat Tokugawa. Afin de pérenniser son pouvoir, la famille Tokugawa décide d’instaurer une politique isolationniste qui aura pour conséquence de totalement fermer les routes commerciales qu’entretenaient de nombreuses cités portuaires avec les voisins asiatiques et les nouvelles puissances coloniales étrangères, les Portugais et les Hollandais en poupe.

Nagasaki était la seule ville qui dérogeait à cette règle. La cité sur l’île de Kyushu restera pendant deux siècles, le seul port japonais ouvert aux bateaux étrangers. Ce commerce était régis par des règles très strictes, si bien que les marchands étrangers ne pouvaient pas circuler librement dans le pays, ni même dans la ville. Les commerçants Européens et Chinois étaient cantonnés à des quartiers bien gardés : Dejima pour les marchands Portugais, puis Hollandais, et Tojin Yashiki pour les commerçants Chinois.

Les différences entre Dejima et Tojin Yashiki

Ces deux espaces clos étaient uniquement habités par des hommes. En effet, les marchands étrangers n’avaient nullement le droit d’amener leurs familles sur le sol japonais. Si les Européens pouvaient passer des nuits folles avec les courtisanes des quartiers des plaisirs de Nagasaki, les Chinois n’avaient malheureusement pas cette chance.

Il est possible de comparer les deux comptoirs commerciaux sur d’autres aspects. Par exemple, les Chinois vivants à Tojin Yashiki pouvaient sortir beaucoup plus souvent que leurs homologues hollandais. Notamment pour se rendre à des temples d’inspiration chinoise situés à Nagasaki. Ces visites se faisaient toujours accompagnées d’escortes d’officiers japonais charger de surveiller les actes des marchands étrangers et de s’assurer qu’ils ne s’échappaient pas pour faire du tourisme illégal au Pays du Soleil Levant.

Autre différence majeure, les officiers gouvernementaux qui négociaient avec les marchands Chinois étaient pour la plupart des descendants de migrants Chinois. Cela devait certainement facilité les échanges, en dépit des lois shogunales très strictes.

Il faut aussi noter que Tojin Yashiki était deux fois plus grand que l’île de Dejima. Cela s’explique par le fait que les commerçants Chinois tous comme leurs navires étaient beaucoup plus nombreux que les marchands européens et leurs nefs.

Missionnaires et contrebandiers

Les raisons qui ont poussé les autorités japonaises à cloîtrer les commerçants étrangers dans des ghettos sont également très différentes. Le shogunat voyait les marchands Européens comme de potentiels missionnaires Chrétiens qui pouvaient mettre à mal la cohésion sociale japonaises. C’est également pour cette raison que ce culte occidentale a été interdit pendant deux siècles.

Pour ce qui est des commerçants Chinois, les autorités japonaises ont décidé de limiter leur accès au territoire pour réguler le commerce. Durant le XVIe et la première moitié du XVIIe siècle, les échanges commerciaux avec l’Empire du Milieu explosent, dont une bonne partie était de la contrebande.

1868, la fin des restrictions commerciales

La restauration Meiji a permis de rouvrir progressivement le pays au commerce international. L’intérêt du quartier disparaît donc en 1868, date à laquelle les marchands étrangers peuvent de nouveau se déplacer librement au Japon. C’est également à cette période que ce crée l’actuelle quartier Chinois de Nagasaki, à seulement quelques mètres de l’ancien ghetto chinois.

Les monuments de l’ancien quartier Chinois

Aujourd’hui, le quartier est une zone résidentielle un peu vétuste. Mais c’est ce qui lui donne tout son charme. Les quelques monuments se trouvant  dans Tojin Yashiki valent le détour. D’autant plus que le nouveau chinatown super touristique de Nagasaki n’est vraiment pas très loin.

Dojin-do

Ce temple construit en 1691 est dédié à Fukutoku, dieu de la terre, aussi connu sous le nom de Daikoku en japonais. Il est l’un des sept dieux de la chance.

Tenko-do

Ce temple a été construit en 1736 et il honore la déesse Mazu qui protège les navigateurs durant leurs voyages. La présence de ce temple à Nagasaki paraît donc indispensable quand on sait l’importance stratégique qu’avait la ville sur le commerce entre l’Empire de Chine et l’archipel japonais.

Kannon-do

Comme son nom l’indique, ce temple d’inspiration okinawaïenne est dédié à la célèbre déesse de la compassion : Kannon.

Fukkenkaikan

Le Fukkenkaikan, que l’on pourrait traduire par « le forum de Fujian », est l’un des bâtiments les plus imposants du quartier. Il jouait le rôle de place publique dans laquelle les marchands Chinois se rencontraient quotidiennement. Son nom vient du fait que la plupart des marchands de Tojin Yashiki venaient de la région de Fujian, dans le Sud de la Chine.

Déambulez dans Tojin Yashiki

La partie la plus intéressante de la visite de Tojin Yashiki ne réside pas dans la contemplation de ses monuments, mais plutôt dans ses rues résidentielles étroites. Lorsque je m’y suis rendu elles étaient le plus souvent désertes. Il est vrai qu’occasionnellement vous croiserez les petites grands-mères qui vivent sur cette colline de Nagasaki. Mais la plupart du temps vous serez seul à admirer les ruelles de bâtiments décrépis qui donne le charme à ce quartier.

L’ancien comptoir commercial tranche totalement avec le nouveau quartier Chinois qui est toujours noir de monde. Ma recommandation serait de déjeuner à Chinatown puis de visiter Tojin Yashiki.

Comment se rendre à Tojin Yashiki ?


Tojin Yashiki se trouve à seulement quelques minutes à pied du du nouveau quartier chinois de Shinchi. La station de tram la plus proche est Tsukimachi.

Michaël da Silva Paternoster

Français vivant au Japon depuis 2016. Je travaille en tant que manager et consultant en marketing pour plusieurs entreprises japonaises et étrangères.

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