Suiyoubi no Campanella : entre pop indé et placements de produits

Suiyoubi no Campanella : entre pop indé et placements de produits

Suiyoubi no Campanella : entre pop indé et placements de produits 1140 585 Michaël da Silva Paternoster

Le petit groupe indépendant Suiyoubi no Campanella commence à se faire un nom au Japon, mais également au-delà de ses frontières. Focus sur une formation qui malgré son statut joue le jeu des grandes compagnies qui souhaitent communiquer auprès d’un public japonais jeune et branché.

Qui se cache derrière Suiyoubi no Campanella ?

Suiyoubi no Campanella, aussi écrit Suiyôbi no Campanella ou 水曜日のカンパネラ, est un groupe japonais formé en 2012 par la chanteuse KOM_I, le producteur Dir.F et le DJ Hidefumi Kenmochi. Le groupe joue une musique electro-pop sur laquelle la chanteuse KOM_I pose sa voix aiguë et imparfaite, et n’hésite pas à rapper sur la plupart des morceaux.

Suiyoubi no Campanella joue son premier concert le 11 mars 2013 au Shimokitazawa ERA. Le destin du groupe est étroitement lié au quartier bohémien de Shimokitazawa à Tokyo. KOM_I est devenue l’une des icônes de ce quartier, et c’est dans la boutique Village Vanguard de Shimokitazawa que le groupe a vendu en exclusivité son premier mini-album.

La formation acquière rapidement une notoriété grâce aux performances déjantées de KOM_I qui n’hésite pas à dépecer puis découper un cerf en plein concert à la manière d’un Marilyn Manson au sommet de sa gloire. Cet esprit décalé transparaît d’ailleurs dans les clips du groupe qui sont complètement barrés, voire parfois dérangeants.

Après avoir sorti plusieurs EP et des pelletés de démos, Suiyoubi no Campanella publie son premier album « Zipangu » en octobre 2015. Les clips des chansons tirées de ce CD sont de haute facture, comme celui du morceau « Rah » qui est réalisé par Kodama Yuichi. L’album restera plus de trois mois dans les charts, atteignant la onzième place du top Oricon.

La formation japonaise fait ses premiers pas à l’étranger en se rendant au festival américain SXSW au mois de mars 2016.

Vous l’aurez compris, Suiyoubi no Campanella n’en est qu’au début de son ascension, et KOM_I semble encore avoir de nombreux tours dans son sac.

Quand un petit groupe japonais collabore avec des grandes marques

En seulement quelques années, Suiyoubi no Campanella est devenu un véritable paradoxe dans l’industrie de la musique japonaise, puisque ce groupe propose une musique électro-pop pas du tout « mainstream », mais se permet de nombreuses collaborations avec des grandes marques connues de tous.

Certes, il n’est pas rare de voir des chanteurs solos ou des groupes japonais vendre leurs âmes à des grands entreprises pour apparaître dans des spots publicitaires en tout genre. Mais ces artistes n’ont pas le même statut que Suiyoubi no Campanella, car ils sont souvent rattachés à des gros labels qui s’assurent ainsi que leurs artistes restent visibles et bankables dans une industrie où tout le monde fait tout pour sortir la tête de l’eau.

Jusqu’à très récemment, Suiyoubi no Campanella était produit par Tsubasa Records, un tout petit label indépendant avec des moyens restreints. On a donc du mal à s’imaginer que le groupe originaire de Tokyo puisse se permettre d’être intégré à des campagnes de communication orchestrées par des grands groupes de l’agro-alimentaire, des grandes chaînes de magasins ou des offices de tourisme. Et pourtant c’est bien le cas !

Le groupe réalise de plus en plus de clips vidéos qui ne sont en fait que des spots publicitaires déguisés. Et leur signature avec Warner Music Japan il y a peu ne devrait que confirmer cette tendance.

Le clip de « Chupacabra » a un goût de Red Bull

Le dernier clip du groupe est le parfait exemple de ce genre de démarche. La vidéo s’apparente à un clip tout à fait normal, sauf que si vous regardez de plus prêt, les éléments centraux de cette vidéo musicale ne sont autres qu’une canette de Red Bull et le liquide rose qu’elle contient.

Suiyoubi no Campanella joue les guides touristiques dans « Shakushain »

Comme je le disais plus tôt, les grandes marques ne sont pas les seules à faire appel à l’image et la musique du groupe tokyoïte pour créer des campagnes de communication maladroitement cachées.

Le clip du morceau « Shakushain », qui est l’un de mes préférés du groupe, n’est rien d’autre qu’une publicité pour la ville de Sapporo et plus généralement la région d’Hokkaido. Il y a d’ailleurs une mention au début du clip qui indique bien que « l’ensemble des images de la vidéo a été tourné dans la région d’Hokkaido ». Au cas où vous aviez des doutes…

« Medusa » un clip poétique de Parco

Voici un dernier exemple de placement dans un clip de Suiyoubi no Campanella. La majeure partie de cette vidéo se déroule dans un department store de nuit. Un grand magasin qui aurait pu rester anonyme… Sauf que l’on découvre assez vite qu’il s’agit d’un Parco, et que tout ceci n’était qu’une simple publicité.

Je vous invite à aller voir les autres clips de Suiyoubi no Campanella sur leur chaine YouTube, pour constater que les vidéos se trouvant dans cet article ne sont que des exemples parmi tant d’autres, et aussi pour profiter de la musique, qui reste malgré tout de très bonne facture !

Michaël da Silva Paternoster

Français vivant au Japon depuis 2016. Je travaille en tant que manager et consultant en marketing pour plusieurs entreprises japonaises et étrangères.

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