Qu’est-ce que la culture Otaku ?

Tout ce que vous devez savoir sur l'obession pour les mangas, animes, jeux vidéo et autres médias populaires japonais.

Qu’est-ce que la culture Otaku ?

2048 1369 Michaël da Silva Paternoster

La culture otaku a conquis le monde entier en seulement quelques décennies. Elle est ainsi devenue l’un des principaux composants du rayonement culturel japonais. Malgré ce succès retentissant, peu de gens sont capables de clairement définir les contours de ce néologisme et les raisons qui poussent des individus du monde entier à adopter un style de vie dans lequel la culture populaire japonaise a une part importante. C’est pourquoi j’ai écrit cet article dans lequel je couvre autant que possible le sujet.

C’est quoi le programme ?

Cet article couvre la plupart des questions que vous pouvez vous poser sur la culture otaku. Il est donc très long. J’ai créé cette table de matière pour vous aider à naviguer à l’intérieur de ce texte. Si votre question n’est pas abordée sur cette page, n’hésitez pas à écrire un commentaire à la fin de l’article, je tacherai d’y répondre (si je le peux).

Définition du terme “otaku”

“Otaku” vient d’un terme honorifique japonais (plutôt désuet) qui pouvait qualifier un ménage ou une famille. Par extension, il peut également être employé comme un pronom de la deuxième personne du singulier et du pluriel.

Aujourd’hui, la définition du mot “Otaku” a totalement changé. Ce terme est maintenant employé pour désigner les personnes qui tendent à avoir une obsession pour une partie précise de la culture populaire. Les préoccupations de ces individus sont principalement tournées vers des médias tels que les mangas, les animes et les jeux vidéos. En bref, des activités qui sont principalement réalisées chez soi.

Cette expression a été utilisée pour la première fois avec le sens qu’on lui donne encore aujourd’hui en 1983. C’est le journaliste Akio Nakamori qui l’a employé publiquement pour la première fois dans un article de Manga Burikko, un magazine hentai. Mais il est avéré que ce terme était déjà utilisé dans le cercle privé par des fans de manga.

Comment écrit-on “otaku” en japonais ?

Le changement de sens du mot a également eu un impact sur sa retranscription écrite. Le pronom honorifique s’écrivait “お宅” avec le caractère 宅 qui signifie “maison”. La nouvelle définition s’écrit le plus souvent avec des kanas, les caractères phonétiques japonais. Ainsi, nous obtenons deux nouvelles transcriptions :

おたく

en Hiragana.

オタク

en Katakana.

Les deux dernières versions ne présentent aucunes différences. Elles sont donc totalement interchangeables.

Un mot emprunté dans de nombreuses langues

Ce mot d’origine japonaise est couramment employé sur le web par des locuteurs d’autres langues, dont l’anglais et le français. Le concept d’otaku n’a d’ailleurs pas de réel équivalent dans la plupart de ces langues, ce qui explique cet emprunt quasi-systématique.

Les termes les plus proches en anglais sont “geek”, “nerd” ou “anorak” (ce dernier n’est employé qu’en Grande-Bretagne). Quant aux hispanophones, ils leur arrivent parfois d’utiliser le mot “friki” pour désigner des personnes qui ont des passions obsessives.

Malgré le fait que le mot “otaku” soit souvent employé sur les forums et occasionnellement par des journalistes, sa définition n’est pas clairement établie. Ainsi, ce terme peut à la fois être utilisé positivement par les personnes qui font partie de ce mouvement ou d’une façon péjorative par leurs détracteurs.

A quoi ressemble la vie d’un otaku ?

Sans rentrer dans les stéréotypes de la personne recluse chez elle, l’otaku a des passions qui peuvent être réalisées en intérieur. Cela signifie qu’elle peut passer une grande partie de son temps libre chez elle sans pour autant s’ennuyer.

Les activités favorites des otakus ont toujours un aspect culturel puisque les médias qu’ils apprécient le plus sont les jeux vidéo (japonais), les anime et manga, ou encore la musique. Les otakus ne font pas seulement que de consommer ces produits durant leur temps libre, mais ils prennent un peu de leur temps pour se renseigner sur les produits culturels à venir et les critiques des nouveautés.

Les plus collectionneurs d’entre eux peuvent passer des heures à chercher les produits qu’ils ajouteront à leurs trésors sur des sites web ou des points de vente spécialisés.

Les communautés d’otakus

Peu importe leur profil, ils ont la garantie d’obtenir des informations qui les intéressent sur des forums de niche. Il existe de nombreux subreddits dédiés à des sujets ayant un rapport avec la culture otaku.

Même si la plupart des activités exercées par un otaku peuvent être effectuées chez lui, cela ne signifie pas nécessairement que ce type d’individu n’entretient aucune véritable relation sociale. En effet, il existe de nombreux événements qui se réclament de cette culture au Japon comme dans le reste du monde. C’est notamment le cas des conventions telles que le Comiket de Tokyo, la Japan Expo de Paris, et dans une certaine mesure le Comi-Con de San Diego. Ces rencontres sont des moments où les otakus peuvent partager leurs passions avec d’autres initiés ou des profanes.

Un groupe de photographes amateurs capturant une cosplayeuse au Comiket. Photo par Bastien Mosur pour Nipponrama.

Ce point les différencie avec les hikikomori, un autre phénomène japonais, où des personnes se cloîtrent dans leur chambre pendant de très longues périodes. Ces victimes consomment souvent les mêmes types de produits culturels. Ce qui explique une certaine confusion entre ces deux termes qualifiant des profils totalement différents.

Les principales passions des otakus

Comme nous l’avons dit plus tôt, la définition du terme “otaku” n’est pas clairement délimitée. C’est la raison pour laquelle il n’existe pas vraiment de profil-type correspondant à ce mot. Le phénomène otaku englobe des obsessions très différentes pour des médias qui n’ont rien à voir.

Faire une liste de l’ensemble des passions qui animent les otakus semble être une mission impossible. C’est pourquoi je ne me focalise que sur les médias les plus populaires dans cette partie. Je vous invite à compléter cette, si vous le désirez, en laissant un commentaire à cet article.

Anime et Manga

A sa création, le terme “Otaku” désignait spécifiquement les fans les plus obstinés de manga et de leurs adaptations en dessin animé. C’est toujours le cas aujourd’hui. L’industrie du manga est régulièrement rattachée à la culture otaku qu’elle alimente à coup de fan service et de produits dérivés.

De nombreux otakus forment des cercles de fans produisant des oeuvres inspirées de leurs univers préférés. Ces groupes sont appelés “Doujin”. Ils présentent régulièrement leurs travaux lors de conventions “doujinshi” dont la plus connue est le Comiket de Tokyo.

Ces cercles de fans alimentent également les rayons de hentai, ces mangas et light novels érotiques ou pornographiques inspirés d’oeuvres populaires. Les doujins développent des relations amoureuses entre des personnages d’un même manga ou de séries différentes. Ces marivaudages peuvent être homosexuels, dans ce cas on catégorise les oeuvres dans les genres Yaoi (gay) et Yuri (lesbien).

Certains otakus sont d’ailleurs atteints de “Nijikon”. Ils ont la plus d’attirance visuelle et sentimentale pour les personnages d’anime et de manga que pour les personnes physiques.

Jeux Vidéo

Tout comme les mangas, les jeux vidéo font partie des activités préférées des otakus au Japon. D’ailleurs, de nombreuses séries vidéoludiques s’inspirent des animes, notamment dans les genres de jeux typiquement japonais. Ainsi, le design des personnages de J-RPG ou de jeux de combat reprennent très souvent les traits caractéristiques des mangas.

En outre, les villes japonaises sont envahies de salles d’arcade. Ces lieux sont des points de rencontre entre les hardcore gamers qui peuvent y assouvir leur addiction pour le jeu vidéo. Il n’est pas rare de voir des joueurs passer leurs journées sur des bornes d’arcade pour tenter d’obtenir des scores parfaits.

Idols

A l’étranger, la musique populaire japonaise est surtout connue pour ses groupes d’idoles composés de dizaines de jeunes filles. Même si la J-Pop ne se résume pas qu’à ce genre, c’est ce type de formation que certains otakus admirent de façon obsessive.

AKB48 est l’archétype du groupe d’idols édulcorées qui obsède des dizaines de milliers de japonais à la vie souvent monotone. Les fans les plus assidus s’échappent de leur quotidien en écoutant et en suivant le quotidien de ces (très) jeunes chanteuses.

Cosplay

Le cosplay est régulièrement assimilé à la culture otaku puisqu’il s’inspire souvent d’oeuvres japonaises populaires au sein de cette communauté. Les conventions où se regroupent les otakus sont les meilleures opportunités qu’ont les cosplayers pour exhiber leur travail et obtenir l’approbation des fans des licences originales.

Goodies

Les entreprises qui détiennent les droits d’exploitation des médias cités ci-dessus ont compris qu’elles avaient tout intérêt à proposer de nombreux produits dérivés. Car de nombreux otakus flattent leurs obsessions en collectionnant des objets inspirés par leurs séries préférées. Il n’est d’ailleurs pas rare que ces collections envahissent leurs espaces de vie. Vous pouvez facilement trouver des photos de chambres d’otaku submergées par des amas de goodies sur le web.

Ces produits peuvent prendre différentes formes. Les figurines représentant des personnages de manga ou de jeux vidéo sont les plus communes. Mais ces médias sont également déclinés en vêtements, peluches, pins…

Les otakus atteints de Nijikon ont leur “waifu” (leur personnage préféré) sur leur dakimakura. Ces objets sont des oreillers géants parés d’une couverture représentant leur personnage préféré.

Les admirateurs d’idols se tournent souvent vers des photobooks ou des cartes à collectionner. L’industrie de la J-Pop poussent le vice au maximum en proposant des singles ou des albums avec plusieurs pochettes. Ce filon est d’autant plus rentable que de nombreux fans achètent des produits en double. Un exemplaire a vocation à être utilisé tandis que l’autre restera dans son emballage d’origine à tout jamais.

Akihabara, le paradis otaku

Akihabara est un quartier de Tokyo connu de tous les otakus pour exaucer tous les rêves des fans d’anime, de jeux vidéo et d’idols. Outre les magasins spécialisés dans l’informatique, les abords de la gare d’Akihabara abritent de nombreuses échoppes vendant des goodies tirés d’anime et de jeux vidéo, ainsi que des salles d’arcade et des maid cafés.

Le groupe de JPop AKB48 tire son nom de ce quartier, car c’est à “Akiba” que les célèbres idols donnent des concerts dans un théâtre qui leur est totalement dédié.

La rue principale d’Akihabara, à Tokyo. Photo par Michaël da Silva Paternoster pour Nipponrama.

On trouve donc tous types d’otakus dans ce quartier tokyoïte singulier. Cela en fait une destination touristique immanquable pour tous les fans de culture populaire japonaise.

Comment devient-on un otaku ?

Comme pour tout le reste, on ne naît pas otaku, on le devient. Il existe une infinité de parcours possibles pour tomber dans l’une des obsessions que nous avons listés ci-dessus. Mais tout le monde n’a pas la même chance de devenir otaku. En effet, il existe plusieurs prédispositions.

Un accès à la culture japonaise

Pour commencer, il est indéniable qu’il est plus facile de tomber dans cet univers lorsque l’on est au Japon. Même si l’industrie du manga ne se trouve pas à tous les coins de rue, comme certains étrangers le fantasme, la culture populaire japonaise est forcément plus accessible au Japon qu’ailleurs.

Mais tous les otakus ne sont pas Japonais. Les mangas et jeux vidéo japonais ont réussi à conquérir le coeur de nombreux fans à travers le monde. La diffusion culturelle japonaise sur le plan international ne s’est pas fait de la même manière selon les pays.

Le cas français

En France, mon pays d’origine, les dessins animés japonais sont très rapidement apparus sur les grilles des programmes des chaînes de télévision nationales. A la fin des années 70, mes parents regardaient déjà des séries japonaises telles que UFO Robot Grendizer (nommé “Goldorak” en France) ou Captain Harlock (“Albator” en français) sur leurs téléviseurs cathodiques. Dans les années 90, ma jeunesse a été bercée par de nombreux anime diffusés dans une émission matinale devenue mythique : le Club Dorothée. C’est grâce à ce programme que j’ai pu découvrir Dragon Ball, Sailor Moon ou Hokuto no Ken (“Ken le Survivant” en français).

Un tag reprenant le principal mecha de UFO Robot Grendizer à Paris. Photo de Sunny Ripert.

Cette diffusion précauce d’oeuvres japonaises sur les chaînes de télévision est certainement l’une des principales raisons pour laquelle la France est aujourd’hui le deuxième plus gros consommateur de manga au monde, derrière le Japon.

Merci Internet

Plus globalement, Internet a joué un rôle majeure dans la diffusion de la culture populaire japonaise. De nombreuses communautés de fans internationaux se sont formés sur des forums, des groupes Facebook ou des sites de partage. Ces fans ont réussi à convertir des profanes à la JPop, aux jeux vidéo et à l’animation japonaises.

Les années 2000 ont été l’âge d’or de la piraterie en ligne. Il était très simple de partager des animes, des dramas japonais ou des scans de manga grâce au travail des fansubs, des groupes de fans qui traduisaient les oeuvres japonaises dans d’autres langues.

Les plateformes de streaming légales et le divertissement de masse

Depuis quelques années, les plateformes de streaming légales comme Netflix, Amazon Prime ou Crunchyroll ont facilité la démocratisation de la culture japonaise dans de nombreux pays. Certains de ces géants du web commencent même à produire des oeuvres inspirées par la pop culture japonaise. Ainsi, Netflix produit des séries animées comme Castelvania ou des télé-réalités comme Terrace House.

Les programmes japonais n’ont jamais été aussi faciles d’accès. Comme pour la France, c’est cette accessibilité à l’echelle mondiale qui explique l’essor de la culture Otaku en dehors des frontières japonaises.

Les mangas et anime japonais dans le coeur des adolescents du monde entier

La plupart des otakus étrangers commencent à s’intéresser à la culture japonaise lorsqu’ils sont adolescents. La principale raison de ce gain d’intérêt est que les éditeurs de mangas proposent de nombreuses oeuvres ciblants cette tranche d’âge.

Etrangement, il existe assez peu de programmes télévisés, de livres ou de bandes dessinées occidentales destinées à cette tranche d’âge comparativement à la taille de cette population.

Les styles de mangas (et d’animes japonais) “Shonen” et “Shojo” racontent des histoires mettant en scènes des garçons et des filles d’une dizaine d’années. Ils traitent les problèmes que peuvent rencontrer les adolescents qui cherchent à comprendre quelle est leur place dans le monde.

Les jeux vidéo japonais, une porte d’entrée accessible à tous

Les jeux vidéos, une autre activité appréciée de nombreux adolescents, est un secteur qui est dominé par de nombreuses entreprises japonaises. Nintendo, Sony et Sega ont produit les consoles de jeux vidéo les plus populaires.

Un magasin vendant des jeux vidéo anciens à Akihabara. Photo de Michaël da Silva Paternoster pour Nipponrama.

En outre, de nombreux éditeurs japonais, dont Square-Enix, Konami ou Capcom, ont réalisés des séries à succès sur chacunes de ces machines. Certains de leurs jeux proposent des styles que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde, tels que les jeux de combat, les jeux de rythme ou les J-RPG.

Il est donc tout naturel de considérer le monde du jeu vidéo comme l’une des principales portes d’entrée vers la culture otaku, voire plus généralement de la culture japonaise. En tout cas, c’est par cette voie que j’ai commencer à me familiariser avec le Japon.

Les différences entre un weeaboo et un otaku

Un weeaboo, aussi appelé kikoojap en français, est une personne qui a une obsession pour le Japon et la culture japonaise. Ces personnes idéalisent le Japon au point de remettre en question leur propre identité culturelle.

Les kikoojap sont souvent les premiers à s’offusquer des critiques pointées vers le Japon, même lorsqu’elles sont justifiées. Alors que leur attitude est souvent basée sur des stéréotypes véhiculés par les oeuvres populaires japonaises.

Ces comportements ne se retrouvent pas chez tous les otakus. Du moins, ils ne définissent pas l’otaku, qui n’a pas forcément d’intérêt pour le Japon en dehors des médias qu’il affectionne. Malgré cela, rien n’empêche un individu d’être à la fois weeaboo et otaku.

J’espère que cet article sur les otakus et leur(s) culture(s) aura répondu à toutes vos questions sur le sujet. Si ce n’est pas le cas, ou si vous pensez qu’une erreur s’est glissée dans ce texte, n’hésitez pas à laisser un commentaire. J’y répondrai !

Michaël da Silva Paternoster

Français vivant au Japon depuis 2016. Je travaille en tant que manager et consultant en marketing pour plusieurs entreprises japonaises et étrangères.

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